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On pense connaître le TDA/H. On l'imagine bruyant, turbulent, maladroit, mal éduqué, parfois distrait comme un poisson rouge dans un salon de thé.
Derrière cette étiquette souvent caricaturale, se cache un monde intérieur complexe, tiraillé et parfois épuisé par la surcharge d'un monde qui ne sait pas ralentir. Loin d'être un simple « déficit d’attention », le TDA/H pourrait bien être un mode de perception singulier, une sensibilité accrue, un rapport au temps et à l'émotion… profondément en décalage avec les normes sociales.
La neurobiologie nous offre une porte d'entrée fascinante pour comprendre ces singularités. Le TDA/H n'est pas un bloc homogène, mais plutôt un spectre, à l'image des troubles autistiques. Le neuropsychiatre Daniel Amen a d'ailleurs proposé de le classifier en sept types, chacun avec son propre profil neurobiologique, impliquant des neurotransmetteurs comme la dopamine, la sérotonine ou le GABA.
En observant le cerveau avec l'imagerie, on découvre des particularités fonctionnelles :
Le TDA classique (inattention, hyperactivité) : souvent lié à un déficit de dopamine et une hypofonction du cortex préfrontal, la zone du contrôle et de la planification.
Le TDA inattentif : moins visible, souvent silencieux et rêveur, avec un cerveau dont l'activité semble diffuse.
Le TDA "figé" : caractérisé par des difficultés à changer de focus, comme si le cortex cingulaire était "verrouillé" par des pensées obsessionnelles.
Le TDA temporal : où la mémoire, l'humeur et l'agressivité peuvent être influencées par une hyperactivité des lobes temporaux.
Le TDA limbique : proche de la dépression, il se manifeste par une humeur constamment basse qui freine l'élan vital.
Le TDA hyperactif cérébral : une tempête intérieure où l'esprit va à mille à l'heure, sans frein ni pause.
Le TDA anxieux : une tension permanente qui somatise le chaos intérieur, avec des ganglions de la base survoltés.
Ce que la neuro-imagerie révèle, c'est un monde où certains circuits s'allument trop, d'autres trop peu. Le cerveau n'est pas « défaillant », il est juste en dissymétrie fonctionnelle. Mon travail en cabinet consiste à aller au-delà de ces observations pour écouter la personne derrière ce profil, à cesser de juger, pour commencer à comprendre.
Pendant longtemps, la psychanalyse a été accusée d'avoir mis le fardeau de la culpabilité sur les épaules des mères. On a souvent entendu dire que le TDA/H est dû à une mauvaise éducation, une mère trop ou pas assez. Ce discours, aujourd'hui révolu, a fait beaucoup de mal. Cependant, la science moderne, en explorant l'environnement intra-utérin, montre que l'on ne peut pas nier l'impact des premières interactions.
Une méta-analyse récente, portant sur plus de 45 000 femmes enceintes, a mis en évidence un lien entre le stress maternel pendant la grossesse (anxiété, dépression, épuisement) et des symptômes de TDA/H chez l’enfant. Ce n'est pas une accusation, mais un constat biologique : l’environnement intra-utérin est un creuset où se trament les premières vulnérabilités. Même l'inflammation, qu'elle soit due à une infection, une maladie auto-immune ou un stress chronique, peut aussi influencer la maturation du cerveau fœtal.
La mère n’est pas à blâmer. Elle est à replacer dans le système comme récepteur et catalyseur, puis transmettrice de l'environnement qu'elle subit.
Selon l'association TDAH France, de nombreux facteurs environnementaux peuvent jouer un rôle dans l'apparition ou l'aggravation des symptômes du TDAH. Ils interagissent avec les prédispositions génétiques et le fonctionnement neuro-atypique pour former un tableau clinique complexe.
L'exposition à des substances toxiques est un facteur bien documenté, notamment l'exposition au plomb et à certains médicaments comme le paracétamol ou le Valproate. L'exposition aux phtalates (présents dans les emballages plastiques), aux pesticides organophosphorés et aux polluants automobiles comme l'oxyde nitrique sont également corrélées à un risque accru.
Des carences nutritionnelles sont également mises en cause, telles que de faibles niveaux de ferritine sérique, un taux modérément plus bas d'acides gras oméga-3 et des taux de vitamine D maternels faibles pendant la grossesse.
Certains événements pendant la grossesse et l'accouchement peuvent aussi augmenter le risque, comme un faible poids de naissance, la prématurité, l'hypertension artérielle ou l'obésité chez la mère. Les troubles de la thyroïde maternelle sont également des facteurs potentiels.
Enfin, l'environnement psychosocial joue un rôle crucial. L'exposition à un stress chronique, aux infections, à la pauvreté et aux traumatismes est un facteur de risque avéré. À l'inverse, une grande cohésion familiale et un soutien communautaire solide peuvent réduire significativement le risque d'avoir un TDAH de forme modérée ou grave.
Vous l'aurez compris, notre société est un creuset où se mêlent de nombreux facteurs de stress. Nous sommes tous concernés, à des degrés divers, par la décroissance du soutien communautaire, par le poids des actualités anxiogènes, par les difficultés financières grandissantes et par la mutation des valeurs liées au travail. Ces tensions sociétales ne sont pas de simples bruits de fond ; elles agissent comme un terrain fertile qui, pour les cerveaux neuro-atypiques, peut transformer une différence en un véritable trouble.
La psychanalyse contemporaine a évolué. Elle ne cherche plus à désigner un coupable, mais à explorer le sens profond du symptôme. Dans le cadre de mon accompagnement, elle propose d'explorer les blessures symboliques, les structures profondes du Moi.
« Tout ce qui ne remonte pas en conscience revient sous forme de destin. » - Jung
Et si le TDA/H était aussi une manière d’être au monde, où le Moi lutte contre une surcharge émotionnelle et sensorielle qu’il ne parvient pas à intégrer ? Où l’attention s’effiloche parce qu’elle est sans cesse happée par l’invisible, l’inconscient, les appels multiples du dehors comme du dedans ? L'enfant ou l'adulte TDA/H n'est pas « désorganisé » : il tente de survivre dans un monde qui ne tient pas compte de sa propre organisation intérieure, qui est différente du plus grand nombre.
On naît avec une neuro-atypie, mais on développe un trouble dans un contexte. Quand les structures sociales ne soutiennent plus l’humain, quand les enfants doivent être performants à 3 ans et grands à 7, alors le symptôme devient un cri.
Le TDA/H ne parle pas seulement du sujet. Il parle aussi de nous tous. De notre époque. De son agitation. De son refus du vide. De son intolérance à la lenteur, à la digression, à la rêverie. Le symptôme devient un signal que la société va trop vite.
« Les enfants les plus sensibles sont les premiers à tomber malades d’un monde qui va trop vite. » - librement inspiré de Winnicott et Cyrulnik
Je suis concernée par la neuro-atypie à la fois personnellement et professionnellement. En toute transparence, je côtois particulièrement le HPI et le TDA/H, d'un point de vue personnel, mais aussi en tant que psychanalyste et assistante sociale, où je rencontre aussi Mr TSA et le groupe DYS. J'essaie de me positionner à la croisée de ces mondes.
Je suis soulagée de voir qu'enfin, la neurobiologie met en lumière cette particularité. Elle nous offre une explication concrète, nous libérant du poids de la culpabilité et des jugements hâtifs. Mais une question essentielle demeure : pourquoi le TDAH semble-t-il se développer davantage aujourd'hui qu'avant, alors que le stress était aussi présent dans les générations passées ?
Le stress, hier et aujourd'hui : une question de contexte. Si nous prenons les origines sociétales, de grossesses etc..., les femmes d'avant étaient soumises à de profondes tensions, mais le contexte était différent. Le stress d'hier était souvent lié à la survie, à la maladie ou à la guerre, des épreuves lourdes, mais qui s'inscrivaient dans un cadre souvent plus communautaire et ritualisé. À l'inverse, le stress d'aujourd'hui est diffus, constant et multiforme : la pression de la performance, l'hyperconnexion, la fragmentation des liens sociaux, l'anxiété économique et écologique. Les cerveaux neuro-atypiques, particulièrement sensibles, sont les premiers à somatiser ce stress d'un type nouveau et donc, s'imprimer dans la neurobiologie. La société a changé, et avec elle, les conditions qui permettent à une simple singularité de devenir une véritable différence de fonctionnement.
Le TDAH à vie ou simple phase de l'enfance ? C'est un autre point clé qui mérite une réponse nuancée. On dit souvent que le TDAH s'apaise avec la maturité. Je pense que c'est en partie vrai : le cortex préfrontal, responsable du contrôle et de la planification, continue de se développer jusqu'à l'âge de 25 ans. Un jeune adulte peut donc apprendre à mieux gérer ses symptômes.
Cependant, cela ne signifie pas que le TDAH disparaît dans toutes les situations et diversité de cette particularité.
Je pense que dans certaines situations, il s'agit plutôt d'une adaptation et d'une maturation qui permettent à la personne d'apprendre des stratégies compensatoires. En réalité, le diagnostic permet de reconnaître des comportements qui, sans cela, seraient considérés comme de "mauvaises habitudes" ou un manque de volonté. Il y a des comportements liés au TDAH qui sont bien des phases d'enfance (l'agitation naturelle par exemple), qui sont issus du milieu dans lequel l'enfant vit, y compris éducatif, et d'autres qui persistent à l'âge adulte. Le diagnostic aide à faire la distinction et à cesser de blâmer la personne pour ses difficultés.
Vous l'aurez compris, le TDAH ne se réduit pas à une simple liste de symptômes. Il nous invite à une double réflexion : celle sur l'individu et son fonctionnement unique, mais aussi celle sur notre famille, sur notre société, ses pressions et son rôle dans la manifestation des troubles.
Mon travail est de vous accompagner à la croisée de ces chemins, pour transformer une singularité en force et se réconcilier avec soi-même.



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